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Madeline, transsexuelle contre le transgenrisme

Entretien avec l'une des membres du collectif L'être trans

par pauline.arrighi@gmail.com

Logo du collectif L'être trans

Logo du collectif L’être trans

Madeline Le Pollès est née homme. Elle a fondé le collectif  L’Être trans. Ses membres se définissent elles-mêmes non comme des «  femmes trans », mais comme : « des femmes transsexuelles en rupture avec les idéaux trans et queer actuels, pour une approche rationnelle et éthique de la transition des mineurs ».

Madeline ne dit pas qu’elle a toujours été une femme, et que des médecins lui auraient «  assigné le genre masculin à la naissance ». Au contraire, elle dit être une personne née garçon, qui a commencé une vie d’homme en étant atteint d’un trouble : la dysphorie de genre et sexuel. C’est ce trouble qui l’a amené progressivement, à l’âge de 35 ans environ, à entamer une transition sociale puis médicale. Madeline nous explique pourquoi les membres du collectif L’être trans ne se reconnaissent pas dans le mouvement transgenre et LGBT actuel, représenté notamment par les organisations militantes Trans Santé France et Outrans. Au regard de son vécu, elle donne ses recommandations quant aux enfants ou des adolescents qui demandent une transition.

Merci à Madeline Le Pollès pour son précieux témoignage. 

 

Comment Madeline est devenue trans

  

Madeline :  C’est ce que je ressens psychiquement, mais aussi à travers mon corps, et sexuellement : j’ai un rejet de mon sexe de naissance.

Mais une fois que tu as modifié ton corps, ton psychique est toujours là… Post-transition, non seulement je me questionne toujours, mais j’ai toujours une part de dysphorie. Je suis toujours à la recherche d’une réponse à mon mal-être. De temps à autre, j’ai quelques idées noires, même si ça s’estompe et que je suis épanouie, j’ai une vie stable. Je suis propriétaire à nouveau, je suis en couple, je suis belle-mère, mais ça n’empêche pas. Les choses restent, c’est latent.

Je ne suis pas née fille, je n’ai pas grandi comme telle, je n’ai pas été socialisée comme telle, je ne peux pas avoir d’enfant naturellement. Il y a beaucoup de choses qui aujourd’hui encore me font mal, qui me font dire que je ne suis pas une femme non plus. Tu l’es peut-être physiquement ou esthétiquement, mais c’est tout.

Pauline : Quand est-ce que tu as commencé à ressentir ce trouble ?

Madeline : Moi je situe mon trouble aux alentours de 8-9 ans, tout juste en début de puberté. Je me demandais ce qui poussait entre mes jambes… Entre 10 et 11 ans, je commençais déjà à avoir des déviances. J’adoptais les habits et les codes sociaux de ma plus jeune tante.

Pauline : « Déviance », c’est fort comme terme !

Madeline : Il faut bien mettre un mot. J’ai été avec une femme pendant presque 7 ans, quand tu sors devant elle en tant que femme, et que toi, tu te vois en tant que femme, et que tu arrives à la convaincre, c’est que déjà il y a un problème. A mes 35 ans, je me suis dit que j’avais un trouble et qu’il fallait que je consulte.

Pauline : Mais ce n’était pas seulement lié aux vêtements et à l’apparence ?

Madeline : Non, c’était lié au sexuel, c’était le fait de vivre l’acte sexuel de façon projetée. Je me prenais à être la femme alors que j’étais l’homme qui faisait l’amour à la femme. C’est le fait qu’il y ait une dissonance entre ton corps et ce que tu as dans la tête, et ce désir de se le retirer… pour dire les mots, le désir de se mutiler.

J’ai démissionné le 4 février 2014 après un burn out, et c’est là où…  je n’ai pas posé le mot « trans », j’ai posé les mots « je suis une femme et je veux être une femme dans la vie ». Avant mes 35 ans, je ne savais même pas qu’on pouvait prendre des hormones pour changer son physique. Je n’en savais rien.

 

La découverte du milieu LGBT

 

Finalement, après avoir passé des vacances en femme, en rentrant de vacances j’ai décidé d’aller voir les associations LGBT à Rennes et Saint-Brieuc. Là je suis arrivée dans un monde où les gens s’étiquetaient, se mettaient dans des cases. J’avais des gens autour de moi qui se disaient des femmes trans, mais sans faire aucun effort ! Moi j’étais correctement apprêtée. J’avais l’intention de passer, de me fondre dans la masse.

Pauline : Dans l’idéal, tu aurais voulu avoir une apparence et une vie de femme et.. c’est tout !

Madeline : Tout à fait. Finalement, je suis restée une heure et j’ai halluciné. Je voyais ce qu’on voit aujourd’hui, des hommes qui se disaient femmes et qui ne faisaient aucun effort. Les personnes réellement dysphoriques ont besoin d’une ALD, pour moi, eux, ils n’en ont pas besoin.

Il y a des gens qui se recréent, ils ne trouvent pas leur position en société et dans leur vie personnelle alors ils pensent qu’être du sexe opposé va leur apporter une meilleure vie.

 

Une inflation de coming out transgenres

 

Pauline : Selon toi, si une personne se dit trans alors qu’elle ne modifie pas son apparence, c’est la preuve qu’elle n’est pas sincère ?

Madeline : Que cette personne n’est pas dysphorique, bien sûr. Maintenant on va parler d’homme trans. Comment peut-on être un homme et enfanter ? Comment on peut être un homme et utiliser son utérus pour enfanter ? Si tu es dysphorique corporel, donc sexuel, logiquement, tu ne l’utiliserais pas.

Pauline : C’est vrai que la première réaction que j’ai eue, a été : « mais si cette femme refuse d’être une femme… C’est le summum d’être une femme, être enceinte ! »

Madeline : C’est d’ailleurs le tenant de la femme, c’est tout ce qui fait la différence avec un homme.

Pauline : C’est de la provocation… ce que j’ai ressenti en voyant cette personne, c’est qu’il y avait quelque chose de presque agressif, un plaisir à choquer.

Madeline : Je pense que si la société n’était pas si libérale, ça n’existerait pas, ou peu.

On peut aussi prendre l’exemple de Béatrice (Bruno) Denaes, qui est coprésidente de TransSanté France. Il a annoncé qu’il était trans le jour de son passage à la retraite, et alors qu’il a deux enfants. Il a été journaliste chez France Inter, Radio France, tout ce que tu veux. C’est une personne qui avait largement les moyens de faire sa transition. Moi, je suis quelqu’un qui vient du monde ouvrier. J’ai été élevée juste par ma mère. J’ai payé quasiment moi-même ma transition. Certes, j’ai une ALD, mais j’ai tout avancé, j’ai avancé 52 000 euros pour faire ma transition. Alors un mec qui était journaliste, avec ses moyens, etc., aurait pu faire sa transition à n’importe quel âge.

Et une personne avec une dysphorie sexuelle qui a des enfants… alors qu’on a déjà du mal à avoir un rapport… Je ne comprends pas que dans l’inconscient des gens, ça ne percute pas.

Pauline : Parce qu’ils voient ça comme quelque chose de complètement désincarné. C’est de l’ordre des mots, et c’est tout.

Madeline : Oui, mais le fait de désincarner les choses, ça voudrait dire que finalement l’esprit est sexué ; bah non… ça ne se passe pas comme ça. Et ce n’est pas le vécu que je recueille.

 

Face aux demandes de transitions d’enfants

 

Pauline : Penses-tu qu’une transition ne devrait pas être envisagée avant un certain âge ?

Madeline : Pour moi, il n’y a pas d’enfant et de jeune transgenre. Les études internationales le prouvent : en moyenne, 80 % des mineurs se réconcilient avec leur sexe après la puberté. La majorité ne sont pas trans et je pense que si on ne pose pas le mot et si on n’incite pas, c’est certainement un trouble qui passera. Et de toute façon, si le trouble reste, l’adulte fera les démarches par lui-même, comme ce que j’ai fait.

A un moment de sa vie, il faut vivre avec ce trouble, puis à un moment, il faut essayer de réécrire quelque chose, parce que ce n’est plus possible. Mais si tu ne vis pas ça, comment tu peux savoir que tu es ?

Pauline : Oui, il faut vivre une vie d’adulte avec ton sexe de naissance pour savoir que cela ne te convient pas.

Madeline : Effectivement. Pourquoi castrer chimiquement des enfants avec des bloqueurs de puberté alors qu’ils n’ont même pas encore vécu avec leur corps, leur sexe ?

 

Le collectif L’être trans

 

Pauline : Quelles sont les revendications du collectif L’être trans ?

Madeline : Nous défendons le diagnostic, il faudrait quand même qu’il soit prouvé que tu sois atteint de ce trouble. Si tu veux une ALD, une affection longue durée (qui implique un remboursement des soins par la sécurité sociale, NdR), tu teréfères à une maladie.

Je rencontre souvent des parents qui se demandent quoi faire. Je leur réponds que leur enfant doit être suivi par un psy qui va écouter, analyser pour essayer de décrypter si c’est bien un trouble de la puberté ou un trouble de la personnalité sexuelle. C’est tout.

Le meilleur praticien que tu peux avoir, c’est la personne déjà qui est à proximité de ton domicile, chez qui tu vas pouvoir te rendre facilement quand tu as vraiment une oppression et que tu as besoin d’échanger ou d’évacuer. Et c’est même encore mieux si la personne ne connaît pas la problématique, parce qu’elle ne va pas tout de suite mettre une étiquette.

Je pense qu’aujourd’hui, sociétalement, il serait louable de revenir en arrière, à propos de la transition des jeunes, mais aussi revenir sur la loi du changement d’identité, qui devrait être conditionné à, si elle n’est pas encore effective, du moins un désir d’aller vers la réassignation sexuelle. Il faut peut-être même aller plus loin, et appeler un chat un chat. Peut-être rajouter une ou deux cases. Les intersexes voudraient une case. Je pense que ce serait légitime. Je pense qu’il serait aussi légitime d’appeler les personnes trans comme telles : des transféminins et des transmasculins, pour que les choses soient claires. Il y a les femmes, il y a les hommes, et il y a le reste. Je pense que ce serait raisonnable.

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