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Olivia, née de mère porteuse

Olivia a 31 ans, elle vit en France et elle a été conçue par mère porteuse aux Etats-Unis. J'ai eu la chance de l'interviewer.

par pauline.arrighi@gmail.com

 

 

 

La société est malade et je crois même qu’elle est foutue.
Je suis Olivia, je suis née de la gestation pour autrui, je lutte contre la gestation pour autrui ici sur mon TikTok.

(extrait d’une vidéo du compte Tiktok @Sunshine_Livi)

 

 

 

 

Olivia, née d’une mère porteuse

 

 Pauline : Comment est-ce que tu as appris que tu étais née d’une GPA ?

Olivia : J’ai toujours su à l’intérieur de moi que j’étais née par GPA. J’avais toujours une gêne quand j’étais petite. J’ai grandi avec ce sentiment que quelque chose n’allait pas. Et si bien que je le racontais autour de moi, à mes amis, à mes connaissances, à mes collègues de boulot et aussi à mon mari que j’ai rencontré il y a dix ans.

Pauline : Tu disais que tu étais née d’une mère porteuse ?

Olivia : Oui, je disais que j’étais née d’une mère porteuse mais que j’en n’avais pas la preuve.

Pauline : Et tes parents ? Parce que tu as un père et une mère intentionnels qui t’ont élevé, et eux, qu’est-ce qu’ils disaient par rapport à ça ? Tu leur as posé la question ?

Olivia : Non. Je n’ai jamais demandé à mes parents d’intention si j’étais née d’une quelconque gestation pour autrui, parce qu’on se sent un petit peu redevable quand on est né de la gestation pour autrui. On a l’impression qu’on n’a pas le droit de demander parce que nos parents ont fait de multiples efforts pour nous avoir et que ce n’est pas juste de leur demander ça.

Je savais qu’il y avait un problème avec ma mère d’intention, oui, je l’ai toujours su. Elle avait un comportement un peu bizarre, comme si elle était illégitime. Elle essayait d’asseoir son autorité autrement, par la force, par des menaces. On a eu une relation assez compliquée pendant toute ma vie.

Mais en revenant au test, en fait ma belle-mère, Pascale, m’a gentiment offert un test ADN pour mes 30 ans et c’est là où j’ai eu toutes les preuves devant moi : j’étais vraiment née d’une mère porteuse aux Etats-Unis, et plus précisément au Kentucky.

Pauline : Donc tu as vu que ta mère d’intention n’était pas biologiquement ta mère. Comment est-ce que tu as identifié ta mère biologique ?

Olivia : Tout simplement, quand on reçoit les résultats du test ADN, on se connecte sur la plateforme. En tout début, on voit nos origines ethniques. Donc moi, je voyais que j’étais 33% scandinave, 33% balte, j’avais du suisse, etc. Par contre, je n’avais pas un seul pourcentage de français dans mon sang. Donc déjà là, il y a eu quelque chose où je me suis dit que j’avais raison.

Et puis, on descend dans l’application et on voit les correspondances ADN. Donc, les correspondances ADN des gens qui ont fait ce test aussi. Grâce à cela, j’ai retrouvé ma cousine et mon oncle, le frère de ma mère biologique.

C’est à cette occasion-là que j’avais la preuve concrète que j’étais née de mère porteuse. Avant cela, j’avais une intuition, je le racontais à tout le monde, je le raconte à ma meilleure amie depuis que j’ai 7 ans, donc ça fait quand même un bout de temps. Mais en même temps c’est là où j’ai commencé à me poser beaucoup de questions.

 

Les motivations de la mère porteuse

 

Pauline : Tu as compris pourquoi ta mère biologique avait fait ce geste ?

Olivia : Elle a malheureusement perdu un enfant juste avant moi, d’une cause assez dramatique. C’était un accident domestique. Elle était persuadée qu’elle devait faire cet acte, ce don de soi, cet « acte altruiste », je mets bien des guillemets quand je parle de ça, pour une autre famille qui ne pouvait pas avoir d’enfant.

Pauline : Pour toi les deux sont liés, ce drame terrible et ce choix de porter un enfant pour autrui peu de temps après ?

Olivia : C’est ce qu’elle dit, elle. Moi j’ai mes propres convictions, ma mère biologique était dans une situation quand même assez précaire, elle avait quatre enfants à charge puisque le cinquième est malheureusement décédé, elle avait quatre des scolarités à payer, un loyer, de la nourriture à payer. Elle n’avait pas d’emploi stable, et la gestation pour autrui, ça paye quand même très bien, aux Etats-Unis. Elle s’est donné une excuse à travers la mort de son enfant, mais la réalité c’est qu’elle était dans une situation tellement précaire qu’elle avait besoin de cet argent.

 

Des parents d’intention ignorants des conséquences de leur choix

 

Pauline : Et tes parents d’intention ? Tu comprends le choix qu’ils ont fait ?

Olivia : Oui, je peux comprendre leur choix. Pendant très longtemps, je n’arrivais pas à comprendre comment on peut être aussi égoïste que d’utiliser une femme pour son utérus et d’acheter un enfant et puis d’arracher l’enfant à sa mère à la naissance mais en même temps quand j’y réfléchis, il y a 30 ans cette opportunité s’est offert à eux, ils avaient l’argent pour le faire, ils l’ont fait.

Aujourd’hui je ne suis pas en colère contre mes parents, pas du tout, je ne leur en veux pas. Moi aujourd’hui je suis en colère du fait que la GPA existe. Je suis en colère que cette option existe pour certains parents.

Pauline : Selon toi, ils n’étaient pas suffisamment informés peut-être des réelles raisons qui poussent des femmes à devenir des mères porteuses ?

Olivia : Non, on n’était pas du tout informés, je pense, il y a 30 ans, et on ne l’est toujours pas aujourd’hui, à vrai dire. On est très mal informés sur les répercussions psychologiques qu’un enfant peut avoir plus tard d’être né de la gestation pour autrui, et on est très mal informés sur les répercussions sur la mère porteuse quand elle donne son enfant, quand elle vend son enfant. Et on est aussi très, très mal informé sur le lien qui se crée in utero dans le ventre entre la mère et l’enfant.

 

Réponses aux arguments pro-GPA

 

Pauline : Qu’est-ce que tu réponds quand on te dit que les enfants nés d’une GPA sont intensément désirés, sont aimés, et que c’est ce qu’il faut pour construire un enfant, c’est de l’amour et de l’attention ?

Olivia : Je pense que c’est utopiste, que ce n’est pas parce qu’on est voulu, ce n’est pas parce qu’on a été payé, ce n’est pas parce qu’on a traversé la moitié du globe que tout va bien se passer dans l’enfance. Et dans mon cas, ça a été compliqué, oui. J’ai eu une enfance quand même pas extrêmement simple. Encore une fois, je n’en veux pas à mes parents et je ne veux pas les jeter en pâture, pas du tout. Mais j’ai eu une enfance qui était quand même assez complexe, j’ai grandi avec ce point d’interrogation au-dessus de ma tête qui m’a causé beaucoup de troubles psychiques.

Pauline : Dans ton cas, c’est un peu particulier parce que tes parents t’ont caché que tu étais née d’une mère porteuse. Si on explique aux enfants comment ils ont été conçus ?

Olivia : Ils auront peut-être une autre version que la mienne, c’est sûr. Cependant, je pense qu’on cherche toujours la deuxième partie de nos gènes. Quand on voit des enfants qui sont adoptés par exemple, par l’adoption plénière, on les voit retourner dans leur pays d’origine, on les voit peut-être certaines fois rechercher leur mère biologique, on voit qu’on a ce besoin de connaître nos gènes, c’est normal, on ne peut pas se construire si on ne sait pas d’où on vient.

Pauline : Pour toi la transparence totale ne suffit pas ?

Olivia : La transparence totale ne suffit pas, absolument pas, on est arraché à nos mères à la naissance et c’est un traumatisme. Même si on l’explique, le trauma est toujours là. Ce n’est pas en l’expliquant que ça efface totalement le fait qu’on a été arraché à notre mère à la naissance.

 

Après la naissance, l’abandon

 

Il y a un lien très fort qui se crée à l’intérieur du ventre, qu’on met de côté beaucoup trop souvent dans la gestation pour autrui. Quand je vois à la télé des parents d’intention nier l’existence du lien entre bébé et la maman qui le porte, ça me rend malade.

Bébé entend la voix de sa mère bébé, sent ce qu’elle sent, bébé ressent les émotions de sa mère, voilà c’est instinctif, c’est inné, c’est comme ça, et quand bébé va sortir du ventre de sa mère, va faire ce grand saut dans la vie, dans ce monde austère et horrible, et qu’il ne va pas retrouver les bras de sa mère, et la voix de sa mère qu’il a entendue pendant 9 mois, mais qui va être juste foutu dans les bras d’une famille qui l’a achetée, c’est un traumatisme. C’est abject, ce n’est pas humain en tout cas.

Pauline : Et toi tu peux dire que tu as souffert de l’abandon par ta mère ?

Olivia : Voilà, j’ai souffert du traumatisme de l’abandon. Ça d’ailleurs ça a été ma première « preuve », ce traumatisme, cette douleur et je l’ai vécu toute ma vie et je le vis encore aujourd’hui parce que je ne suis pas certaine que c’est une plaie qui se soigne totalement. Mais oui j’en ai souffert et j’en souffre toujours aujourd’hui.

Il y a des choses à faire, ça s’atténue, et j’y travaille avec des psychologues, des psychiatres, j’y travaille longuement, mais ça prend du temps. Après, j’ai eu ces mêmes relations dans les relations amoureuses également, où j’étouffais les gens parce que j’avais peur qu’ils me rejettent et qu’ils m’abandonnent. Donc je les étouffais et du coup ils partaient, je partais en dépression, j’ai fait des tentatives de suicide, j’ai eu une vie pas très glorieuse de ce côté-là. J’ai aussi été récemment diagnostiquée avec un trouble bipolaire Il y a plein de choses qui en découlent de ce traumatisme dès la naissance et ça a conditionné le reste de ma vie.

 

Les enfants comme biens de consommation

  

Pauline : Est-ce que le rapport aussi à l’enfant n’est pas étrange quand tu as payé jusqu’à 150 000 euros pour avoir un enfant ? Tu as éventuellement choisi ses caractéristiques physique, parce qu’aux Etats-Unis c’est légal, est-ce que ton rapport à l’enfant n’est pas… étrange ? En principe on ne se pose pas de la question de choisir si c’est une fille ou un garçon, de choisir la couleur des yeux….

Olivia : J’ai vu une vidéo sur TikTok avec deux parents qui montrent leur petit bébé et qui disent « Je voulais qu’elle ait les cheveux bien touffus parce que moi j’ai pas beaucoup de cheveux, je voulais qu’elle ait un très très grand sourire parce que mon sourire n’est pas assez grand… » On choisit quoi ? On choisit une voiture ? On est en train de faire une maquette pour une bagnole ? Qu’est-ce qu’il y a d’humain là-dedans ?

Et si cet enfant qui a été conçu avec une liste de shopping aussi longue que le bras, s’il ne devient pas ça, comment le parent va réagir ? C’est décevant non ?  Enfin, il n’y a aucune manière de faire une gestation pour autrui, il n’y a pas de bon ou de mauvaise gestation pour autrui, il n’y a pas de GPA altruiste, il n’y a pas de GPA non altruiste, vous pouvez l’appeler comme vous voulez, pour moi c’est du trafic d’êtres humains, c’est de la marchandisation d’enfants, on achète, on vend des enfants, on utilise le corps de la femme. Il n’y a rien qui va. Il n’y a rien d’éthique dans la gestation pour autrui, ça c’est sûr.

 

Ces témoignages que l’on n’entend pas

 

J’ai rencontré une mère porteuse qui m’a touchée profondément parce qu’elle est au bord du suicide, parce qu’elle a donné naissance à cette petite fille qui aujourd’hui a 11 mois. Les parents ne veulent pas qu’elle ait d’interaction avec la petite. Cette mère porteuse a été utilisée en France, où on sait que c’est illégal, ils ont détourné l’accouchement sous X pour qu’elle puisse donner cet enfant à ce couple-là, ce qui est encore plus dégueulasse parce que cette femme a été utilisée illégalement. Donc oui, c’est une femme extrêmement brave qui aujourd’hui se bat psychologiquement parlant pour rester en vie, pour que sa fille puisse reprendre contact avec elle peut-être plus tard si elle en a envie.

Et j’ai aussi rencontré des parents d’intention qui regrettent très profondément leur choix d’avoir eu recours à la gestation pour autrui.

Pauline : On ne sait pas que ça existe, c’est toi qui me l’apprends !

Olivia : Non, on ne sait pas que ça existe mais ça existe, non pas parce qu’ils regrettent leurs enfants mais parce qu’ils se rendent compte a posteriori que tout n’est pas rose, que parfois les enfants ne réagissent pas comme ils veulent.

Il y a des enfants qui sont tout petits qui souffrent déjà, eux ils ont de la chance car ils ont un suivi psy que je n’ai pas eu. J’ai créé ce compte TikTok justement pour libérer la parole sur le fait que la GPA, c’est pas tout beau, c’est pas tout rose, c’est super pour Marc-Olivier Fogiel, c’est super pour les Beaugrands, c’est magnifique, mais c’est leur point de vue.

D’ailleurs on entend très rarement des mères porteuses, comme si elles n’avaient pas le droit de parler quand elles sont contre. Et tout comme nous, on ne nous entend pas parler mais moi à présent j’ai 30 ans, et avec les autres enfants de la GPA et cette génération, nous allons commencer à parler. On voit des enfants qui parlent à la télé et qui témoignent en faveur de la gestation pour autrui, ce qui est absolument dégueulasse, abject, immonde.

Pauline : Oui, ce sont des enfants, comment veux-tu qu’ils aient le recul de ce qu’ont fait leurs parents pour les avoir ?

Olivia : C’est ça, ils ne peuvent pas remettre en cause leur existence à leur âge. Alors que moi à 30 ans, je peux remettre les modalités de mon existence en cause.

 

Cet article est une retranscription de l’épisode 8 du podcast La mère invisible

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