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Les femmes anti-féministes

Extrait de mon livre Et si le féminisme nous rendait heureuses ?

par pauline.arrighi@gmail.com

Alors que ma colère commençait à prendre forme et à s’exprimer avec raison dans le cadre de l’engagement féministe, j’ai été aux prises de nombreuses femmes qui rejettent ce mouvement. Cela parait incompréhensible, et il est difficile de ne pas les tenir pour responsables de la domination masculine.

Et si le féminisme nous rendait heureuses ? propose quelques pistes pour expliquer l’anti-féminisme au féminin.

 

La peur de ne plus être aimée

 

Les féministes dénoncent les violences masculines. Or ces violences, on l’a vu, sont justifiées par une nature masculine pré- tendument prédatrice. Suivant ce raisonnement, lutter contre le harcèlement et le viol revient à lutter contre la nature des hommes, à opprimer leur sexualité, d’où l’accusation courante d’être castratrices. Une femme qui veut être aimée des hommes n’a pas envie de passer pour une haïsseuse d’érections, et va donc se ranger du côté des antiféministes qui redoutent que le mouvement Me too empêche les hommes d’adresser la parole à une femme : « J’ai envie de plaire aux hommes, j’ai envie qu’ils viennent m’aborder car ces marques d’attention me confirment que je suis désirable, je ne veux pas qu’ils aient peur d’être accusés de harcèlement et donc d’être lourdement condamnés par la Justice… et tout cela pour un compliment ! – donc je me range du côté des opposants à Me too. »

Le féminisme n’a rien contre les décolletés ravageurs ni les jeux de séduction troublants. Nous revendiquons la réciprocité des marques de désir et le droit de porter n’importe quelle tenue sans qu’elle soit utilisée comme prétexte à des agressions.

 

La confusion entre « opprimée » et « faible »

 

Lorsque les féministes disent que les femmes sont opprimées, cela signifie qu’elles sont collectivement victimes d’un système de légitimation de violences et discriminations spécifiques, et cela signifie que les hommes sont socialement autorisés à avoir des comportements dominants.

Être opprimée ne signifie pas être faible, certainement pas. Les femmes mènent leur vie et leur carrière, dirigent, créent, entreprennent, font des enfants et les élèvent, et ce malgré un maillage de dévalorisation et d’agressions. Cette vie exige du courage.

L’une des stratégies patriarcales consiste à inciter les femmes à nier le statut d’opprimée pour tout simplement arrêter de s’en plaindre, donc ne surtout pas être un poil à gratter. Pour que les femmes se détournent de ce statut d’opprimée, le patriarcat a une tactique: essentialiser ce statut. Faire croire que ce statut, qui n’est qu’une place dans la société, serait inhérent à la personne, de la même façon qu’une personne peu qualifiée serait peu douée. D’un statut subalterne de proie ou d’objet sexuel qui n’est que le fait des agresseurs, et certainement pas des vic- times qui ne sont jamais responsables, on passe à une prétendue nature de proie intrinsèque : « Le néo-féminisme contribue insidieusement à la promotion d’une nouvelle forme d’infantilisation des femmes qui seraient a priori des proies pour les hommes, dans les rues et au travail comme dans l’espace domestique »(1)

Dénoncer le fait que les femmes sont trop souvent victimes de violences masculines reviendrait à les diminuer, à supposer qu’elles sont faibles, à les « infantiliser ». Les femmes en général et les victimes de violences masculines en particulier ne sont certainement pas faibles et usent de stratégies de survie et d’adaptation remarquables. De façon plutôt perverse, ce dis- cours accuse les féministes de réduire les femmes à des proies – or qui réduit les femmes à des proies, si ce n’est les prédateurs ?

Les femmes antiféministes confondent «opprimée» avec « faible ». Pourtant il est revigorant de prendre conscience que les opprimées sont tout sauf faibles, qu’elles déploient des tré- sors de force et d’ingéniosité pour s’adapter à une société qui les ignore et les méprise.

Le féminisme nie la responsabilité des femmes

 

Le féminisme dit aux femmes que leurs échecs et expériences douloureuses sont parfois dus à une cause extérieure à elles-mêmes. Il va à l’encontre du discours patriarcal de culpabilisation des femmes et des victimes en particulier. Or certaines femmes et de nombreux hommes voudraient croire que tout évènement qui survient au cours d’une vie est le fruit des actions ou des qualités de l’individu et que chacun·e mérite son sort. Ce serait plus simple, nous pourrions respecter plus ou moins une personne en fonction de son statut social ou de sa réussite personnelle (affichée). Au moins on saurait quoi penser !

Ce discours est très présent dans le champ du développement personnel: «Tu es seule responsable de tes échecs, ne blâme personne d’autre que toi. Ne rejette pas la faute sur autrui. Prends l’entière responsabilité de tes échecs, c’est la seule manière d’avancer et de prendre sa vie en main. »

Or c’est faux. Une femme enceinte discriminée dans son entreprise n’est en aucune façon responsable de ce qui lui arrive. Le savoir lui permet d’identifier qu’il s’agit d’une discrimination sexiste, puis éventuellement d’agir, ce qui fait avancer la lutte contre toutes les discriminations sexistes et fait progresser le statut des femmes sur le marché de l’emploi.

L’expression «le respect se mérite» est un grave retournement de responsabilité en faveur des agresseurs, de plus ce n’est pas vrai : le respect n’a rien à voir avec les actions ou les qualités d’une personne. Ne confondons pas le respect, que chaque être humain mérite, et la rétribution d’une action. De plus il s’agit d’une illusion de toute-puissance. Au cours de la vie, chaque personne peut souffrir d’un manque de respect de la part d’autrui, sans que cela soit mérité. Ces marques de manque de respect surviennent plus fréquemment si cette personne occupe un statut subalterne. N’ajoutons pas un traitement injuste à un statut déjà injustement défavorisé. »

 

1. Renée Fregosi, «Un néo-féminisme victimaire, puritain et sexiste», FigaroVox, mis à jour le 30/11/2017

 

Entre autres… Pour en savoir plus sur les femmes anti-féministes, mais aussi sur les arguments les plus répandus contre le féminisme et la meilleure façon d’y répondre :

https://www.fnac.com/a13307719/Pauline-Arrighi-Et-si-le-feminisme-nous-rendait-heureuses

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