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« Comment réagir quand les enfants veulent changer de sexe ? »

Table ronde sur Radio Notre-Dame, dans l'émission En quête de sens, présentée par Marie-Ange de Montesquieu 

par pauline.arrighi@gmail.com

Retranscription de l’émission En quête de sens du 8 février 2024, disponible en replay sur Youtube

Marie-Ange de Montesquieu : Dans l’une des consultations dédiées en Ile-de-France, on recensait 10 demandes de changement de sexe par an il y a 20 ans. On en recense 10 par mois aujourd’hui.

Présentées presque exclusivement sous un jour positif, ces histoires ont envahi les cours de récré et viennent alimenter les conversations de nos enfants et de nos ados, quel que soit leur milieu social ou le type de leurs établissements scolaires. Comme si changer de genre était une question banale, naturelle même.

 

Que faire quand la question surgit ? Comment réagir quand les enfants veulent changer de sexe ?

 

Une table ronde avec :

Céline Guillaume, présidente du groupe La Procure, autrice de Dieu est passé par là et Cherchez la femme,

Pauline Quillon, agrégée de Lettres Modernes, journaliste à Famille Chrétienne, spécialiste des questions de société, autrice d’Enquête sur la dysphorie de genre

Pauline Arrighi, journaliste indépendante, spécialiste des questions des droits des femmes et de la bioéthique, et vous venez de publier Les Ravages du genre aux éditions du Cerf.

 

Comment tout a commencé

 

Pauline Arrighi : 2010 est vraiment un moment de rupture. Pourquoi 2010 ? Parce qu’il y a eu un changement de définition à l’OMS et dans le DSM, autour de 2009, qui ont modifié la définition de ce qu’on appelait avant les transsexuels. Il y a toujours eu une toute petite minorité d’hommes adultes qui font une transition hormonale et chirurgicale, ça a toujours existé, mais c’est vraiment une petite minorité… et qui ne voulait pas changer la définition des mots hommes et femmes. Depuis 2010, comme vous le disiez, il y a une multiplication par dix ou plus suivant les pays, et cette fois-ci, ce sont des jeunes filles qui se disent transgenres.

Pauline Quillon : Effectivement, mais c’est arrivé vraiment en France un petit peu plus tard, et à partir du moment où ça a commencé, ça s’est répandu comme une traînée de poudre, de façon extraordinairement rapide. A ce moment-là, j’étais journaliste, à Famille Chrétienne, j’ai vu apparaître le phénomène, et j’ai été frappée par sa rapidité, son caractère soudain, et puis l’unanimité qui l’accueillait, aussi bien dans la presse et chez les adultes, qu’il l’accueillait sans recul critique, comme si ça allait de soi, alors que c’était tout à fait stupéfiant. C’était quelque chose qui, évidemment, défiait la représentation commune de l’homme et des femmes.

Céline Guillaume : Les réseaux sociaux y sont pour quelque chose. Notre dernière fille a eu un téléphone portable plus tôt que notre fils aîné. Alors, on a eu raison, on a eu tort ? On essaie de vivre avec son temps, même si on met des limites. Effectivement, elle, quand elle était en collège, elle a entendu, vu des images, des articles, etc., qui pouvaient être troublants. Et elle a été poussée à se poser des questions qui, peut-être, ne se posaient pas au fond, mais on leur dit qu’il faut se poser la question, et que c’est tellement normal de se poser la question que, finalement, tout le monde se pose la question.

 

Refuser d’être son corps

 

Marie-Ange de Montesquieu : Mais ça vient d’où, en fait ? On va me traiter de complotiste, mais ça vient d’où, cette affaire ? De qui est-ce la faute ?

Pauline Arrighi : C’est assez complexe. Déjà, il y a l’idée du genre masculin et féminin. Au début, on se disait, il y a des femmes et il y a les hommes, et du fait de notre biologie, il y a des stéréotypes et des rôles sociaux qui pèsent sur les hommes et les femmes. C’était une première idée. Le problème, c’est que l’idée a évolué – ou a été pervertie –  jusqu’à ce qu’on dise : on peut être une femme avec un rôle social masculin, et dans ce cas la personne est en réalité un homme. Le problème est de détacher les deux. Cela donne des personnes qui sont dissociées de leur corps. Parce que quand vous dites « j’ai un corps de femme, et peu importe, puisqu’en fait, j’ai une personnalité d’homme, et cette réalité de ma « personnalité d’homme » compte plus que mon corps », alors vous avez des jeunes qui sont détachées de leur corps.

Après, pourquoi cela a autant de succès ? Parce que c’est quelque chose qui répond à beaucoup de problèmes et d’interrogations. Quand une jeune fille a un très, très mauvais rapport à son corps du fait de traumatismes sexuels… il y a beaucoup de jeunes filles autistes aussi, ou alors des jeunes filles qui sont lesbiennes et qui ne veulent pas se l’avouer… « Vous êtes transgenre », c’est vraiment une réponse qui rassure tout le monde.

Pauline Quillon : Devenir une jeune fille au moment de la puberté, et ça, ce n’est pas du tout nouveau, c’est une expérience qui est difficile, parce que le corps change de façon importante, avec l’arrivée des règles. La puberté implique évidemment aussi un changement du regard des garçons sur soi, regard qui est de plus en plus difficile à assumer dans une société qui a perdu tout repère sur la façon dont les garçons et les filles peuvent interagir entre eux.

Il y a une vingtaine d’années, il y avait énormément de jeunes filles qui exprimaient leur trouble, leurs souffrances, à travers l’anorexie mentale. C’était aussi une expérience de dissociation par rapport à son propre corps. On se ressent comme étant énorme, alors qu’on est très maigre. Et on en est absolument convaincue, et on en souffre de façon profonde. Or aujourd’hui, l’anorexie a tendance à diminuer auprès des jeunes filles. En revanche, on a une augmentation, et même une invention de la jeune fille trans, qui veut devenir un garçon. La société offre à des enfants en souffrance des pistes interprétatives à travers lesquelles elle peut comprendre ou elle peut exprimer son trouble.

La différence, qui est très importante, c’est que la jeune fille anorexique, nous ne l’encouragions pas à arrêter de manger. Nous ne lui disions pas « bien sûr, tu es énorme, arrête de manger. Toi seule est capable de savoir quelle est ta vérité, donc arrête de manger »

Marie-Ange de Montesquieu : Céline, je me demandais tout simplement : comment avez-vous réagi quand votre fille est revenue avec cette question à la maison ?

Céline Guillaume : De façon peut-être très basique, je lui ai dit « tu sais, quand tu ne sais plus – parce qu’on vit dans un monde où les repères sont de plus en plus perturbés, même si en tant que parent, on fait ce qu’on peut pour essayer de transmettre certaines choses à nos enfants, ils vivent dans une société où tous les repères sont de plus en plus flous –  Et donc, je lui ai répondu simplement : « Quand tu ne sais plus à qui te fier, regarde la nature. La nature ne ment pas. Quand tu regardes : un lion est un lion, une lionne est une lionne, et quand un lion et une lionne s’accouplent, ils font un petit lionceau, ils ne font pas une grenouille ou autre chose ». Il y a quelque chose de rassurant dans la nature. Le soleil se lève le matin, se couche le soir, etc. Les saisons passent, les feuilles tombent, elles repoussent… Et donc, repartons de là, si nécessaire, repartons à cette base très simple qu’est la nature, et elle a beaucoup à nous dire de ce que nous sommes, donc y compris en tant qu’hommes et femmes.

Je pense que cette dissociation qu’on encourage, entre le corps et « l’identité », est très perverse. Le dualisme de séparer le corps et l’esprit fait partie de vieilles tendances qui ont existé depuis le début de l’humanité, mais qui ne sont pas justes. On est une personne humaine, on est un tout, avec les souffrances qu’on peut porter, nos histoires, les traumatismes, etc. Mais on ne peut pas dissocier le corps de ce que l’on est au fond. Et quand on veut séparer l’un de l’autre, la personne de son corps, en fait, on s’égare, je pense, et puis ça peut faire pire que mieux.

On a l’impression d’entendre une nouvelle théorie de l’homme ou la femme nouvelle. L’homme nouveau, la femme nouvelle, on va vous recréer, vous allez vous recréer vous-même selon votre propre volonté. Et votre liberté. Il y a aussi ce désir de toute puissance. Je veux contrôler mon corps, absolument, mon être. Or, on sait que c’est complètement impossible. Il faut juste faire preuve d’un peu d’humilité et de bon sens. En fait, on ne maîtrise pas grand-chose dans la vie et pas notre corps.

 

Le désir de dépasser notre condition humaine

 

Pauline Arrighi : C’est très juste, il y a cette idée de dépasser notre condition de mortel. Or il y a des hommes et des femmes. On ne peut pas être les deux à la fois, ni : ni l’un ni l’autre. Cette volonté de redéfinir qui est l’humain, c’est quelque chose qu’on retrouve dans le transhumanisme. Le but du transhumanisme est d’aller au-delà des limites de l’humain. On va se mettre des puces dans le cerveau pour être plus intelligent, etc. Il y a un milliardaire, Martin Rothblatt, qui a contribué au le premier texte international qui a inspiré toutes les législations sur le transgenrisme. Cette personne dit ouvertement que la transidentité est une étape vers le transhumanisme. »

Pauline Quillon : Il y a un mythe prométhéen, une promesse qui nous parle, de façon profonde, parce que ça nous promet de nous libérer de nos limites corporelles qui nous font tous souffrir. Effectivement, je ne suis pas tout, je n’expérimente pas tout, et je vais mourir, bien sûr.

 

Que dire à un enfant qui souffre de dysphorie

 

Pauline Quillon : Il y a autre chose, et ça c’est important. La dysphorie existe en dehors de ce discours idéologique. Je me souviens d’un témoignage d’un petit garçon, il y a une quinzaine d’années, avant toute cette vague. Le psy lui avait dit : « voyons, tu vois bien, tu as des organes génitaux de garçon, tu es un garçon ». Il a refoulé ça en lui, il l’a gardé en lui, il ne s’est jamais senti entendu dans ce qu’il ressentait, et à l’âge de l’adolescence, ça a explosé, et aujourd’hui les parents doivent accepter que l’enfant prenne des bloqueurs de puberté, etc. Il faut l’écouter, dire « je crois que tu le ressens ». C’est vraiment important.

Céline Guillaume : Nos enfants, ou les jeunes d’aujourd’hui, passeront difficilement à côté de la question. De toute façon, un jour ou l’autre, ils verront Internet et ils verront des choses que les parents ne souhaitaient pas qu’ils voient. La pornographie en fait partie. Je pense que la première réaction à avoir devant n’importe quel questionnement, d’un jeune, c’est l’écoute. On a tous besoin d’être écoutés, encore plus les adolescents, parce que leurs questionnements sont existentiels et profonds. Même si à l’intérieur de soi, on a envie de bondir, en se disant « Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? » Cela demande beaucoup de maîtrise de soi, mais il faut essayer de comprendre d’où vient ce questionnement. Pourquoi est-ce qu’il ou elle se pose cette question ? Il faut laisser le temps à ce jeune d’exprimer ses angoisses, ses craintes, ses questionnements, et puis accepter d’avancer petit à petit.

Pauline Quillon : Cela peut arriver absolument à n’importe qui. Quand j’étais enfant, je lisais, comme tout le monde, le Club des Cinq. Claude, c’est Claudine. En fait les petites filles de cet âge-là qui voulaient être des garçons, ça a toujours existé. La différence, c’est que, justement, Claudine, on lui permettait de s’appeler Claude, on lui permettait de vivre un peu comme un garçon, on ne s’en formalisait pas plus que ça. On ne disait pas à Claudine qu’elle est un garçon.

Il ne faut jamais valider le fantasme comme étant du réel. C’est-à-dire qu’à partir du moment où vous expliquez à un enfant que son ressenti est le réel, alors, dans ce cas-là, vous l’enfermez complètement en lui. On l’écoute, mais attention à ne pas pour autant justifier. Parce que ça, ce n’est plus une écoute. Si l’on dit à l’enfant « Tu as raison. Je ne t’apporte rien. Tu es le seul à savoir qui tu es », imaginez quelle est la solitude d’un enfant et l’angoisse de celui à qui l’on dit « Tu es le seul à savoir qui tu es. Le réel n’existe pas. Moi, je n’ai rien à dire sur ce que tu es. Toi seul, tu le sais ». L’enfant est seul. Cela veut dire que le jour où il est confronté à une réelle difficulté, à une angoisse, à une difficulté d’ordre psychologique, psychopathologique, etc., vers qui pourra-t-il se tourner ? Puisqu’on lui a expliqué qu’il était le seul à savoir qui il était, à avoir la main sur son destin.

 

Pas de précipitation, la dysphorie peut se résoudre d’elle-même après l’adolescence

 

Pauline Arrighi : Je voudrais dire aussi, et je m’adresse aussi aux parents qui peuvent énormément s’inquiéter, que dans plus de 80% des cas, après l’adolescence, cet enfant, lorsqu’il ne fait pas de transition, deviendra jeune adulte qui sera réconcilié avec son sexe. S’il ne fait rien, cela passera tout seul. Pourtant, ce qui se passe en France, c’est que quand des enfants prépubères disent qu’ils sont transgenres, ils sont emmenés dans un parcours médical où ils prennent des bloqueurs de puberté. Les parents sont vraiment victimes de pression. Les médecins leur disent : si vous n’accédez pas à cette transition, votre enfant va se suicider. C’est totalement paralysant pour les parents. C’est une croyance très répandue, il y a un mythe autour du suicide. C’est une catastrophe pour le développement corporel, mais aussi psychique, parce qu’on a besoin, en fait, de l’adolescence.

 Pauline Quillon : Et il y a des enfants devenus adultes qui détransitionnent et qui le regrettent, quoi qu’on en dise, les témoignages sont nombreux. Les bloqueurs de puberté, puis les hormones croisées ont des conséquences importantes sur la santé des enfants. Il faut leur dire que s’ils transitionnent, eh bien ils n’auront pas une sexualité épanouie. Ils perdront, si en tout cas, la transition a eu lieu avant la puberté, toute possibilité d’avoir des enfants de façon naturelle. Et que ce qu’il leur est promis, c’est-à-dire le corps de l’autre sexe, la réalité de l’autre sexe, est un idéal qu’il n’est pas possible d’atteindre.

De quoi s’agit-il quand on écoute les jeunes filles qui reviennent en arrière ? Elles disent toutes la même chose. « J’ai détesté mon corps parce qu’être une femme, pour moi, ça signifiait être dominée. Ça signifiait être inférieure, être un objet de consommation.

Il s’agit d’abord de rendre désirable d’être femme, d’être homme. Chez les garçons, on voit bien que, souvent, ils racontent que la pornographie a joué un rôle très important parce que ça a pu développer des fantasmes fétichistes qui leur donnent l’obsession de devenir le corps féminin. On voit bien qu’il s’agit encore d’un malaise dans le rapport entre les hommes et les femmes. Cette question sur le genre est présentée comme un lieu de souffrance, comme un lieu de domination. Et jamais comme un lieu, au contraire, de croissance et d’enrichissement des hommes par les femmes. Je suis persuadée qu’à peu près seul le christianisme permet une promotion de la femme qui ne se fasse pas au détriment des garçons. Qui se fasse dans le sens d’une alliance, d’une admiration réciproque.

Céline Guillaume : le corps fait partie de nous, de notre personne, la personne humaine est constituée d’un corps, d’un esprit, d’une âme, et nous avons quelque chose de très beau qui nous habite à l’intérieur avec lequel parfois on a besoin de se réconcilier, parce que nos histoires font que… on a plus de moins de facilité à vivre avec ce que l’on est. Alors notre corps est comme il est. Je suis comme je suis et je fais avec, et ça va bien. Parfois ça prend du temps, mais…